Thiers - Puy-de-Dôme. Campagne de sondages 2024

Les premiers sondages archéologiques effectués sur le site des Millières en 2023 ont livré des résultats extrêmement encourageants, permettant de consolider l’hypothèse localisant le Thigernum castrum mentionné par Grégoire de Tours à cet emplacement, à contre-courant de la tradition historique qui le situait dans la zone basse de Thiers, dans le quartier du Moûtier. Ils ont d’ailleurs permis de préciser la chronologie de l’établissement fortifié, dont la construction semble devoir être placée entre la fin du IVe siècle et le début du Ve siècle. La découverte d’une vingtaine de tessons de céramique datés de la transition entre la Tène moyenne et la Tène finale permet d’envisager l’existence d’une occupation de cette période sur l’éperon.

Fig.1 - Localisation des zones de débroussaillage et de prospections de 2024. Source : CRAIG, traitement : L. Mosnier ;
DAO : D. Martinez, 2024

Trois nouveaux sondages ont été réalisés en 2024. Le premier (SD 4) a été effectué à quelques mètres à l’ouest de la petite fenêtre (SD 1) ouverte en 2023 en partie sud-ouest du site. Celui-ci avait pour objectif de vérifier l’hypothèse relative à la présence d’une porte aménagée dans la courtine sud du rempart tardo-antique. Le montant ouest de l’ouverture en question a ainsi pu être retrouvée, permettant de restituer une porte cochère d’environ 3 m de largeur.

À partir de ce montant, le mur d’enceinte marque une légère inflexion en direction du nord-ouest, afin de se raccorder à la courtine occidentale de la fortification. Certaines observations de terrain invitent à considérer l’existence d’une tour à la jonction des deux courtines, laquelle semble d’ailleurs tout à fait bien placée dans le cadre de la mise en défense de l’établissement fortifié et de la surveillance de la vallée de la Durolle (à côté de la porte, en surplomb de la vallée, à l’angle sud-ouest de la fortification).

Fig.2 - Le mur 15, sondage 4, secteur 1, depuis l’ouest

Cliché : M. Zeni, 2024

Le deuxième (SD 5) a été réalisé en partie orientale de la courtine sud, là où une puissante maçonnerie de 1,30 m de largeur, caractérisant la présence d’un bâtiment intra muros en appui contre l’enceinte, avait été mise en évidence en 2023 à l’issue des débroussaillages de surface. Le sondage d’une dizaine de mètres carrés réalisé à l’est de cette maçonnerie a permis d’appréhender la stratigraphie de cette zone, dont la puissance est supérieure à 1,50 m. Un niveau de sol attribuable à l'Antiquité tardive a été identifié, reposant sur d’épais remblais apportés pour aménager une terrasse en appui contre la courtine sud. Ce niveau d’occupation était surmonté par un autre remblai, dont la surface présentait un sol possiblement médiéval, daté peut-être de la fin du Moyen Âge.

Fig.3 - Vue zénithale du sondage 5 en fin de fouille

Cliché : C.-D. Rosa-Matton, 2024

Fig.4 - Le mur 4 du sondage 1 (secteur 2), depuis le nord-ouest

Cliché : C.-D. Rosa-Matton, 2024

Par : Damien Martinez

Le troisième (SD 1) correspond au prolongement en direction du nord d’une fenêtre ouverte en 2023, contre le parement interne de la courtine occidentale, près de l’angle sud-ouest de la fortification. De nouvelles observations ont pu être faites dans cette zone marquée par la présence d’épais remblais très riches en mobilier céramique et en ossements d’animaux. Un solin de pierres, dont la chronologie reste à préciser (haut Moyen Âge), a été découvert en appui contre l’enceinte. Il traduit la présence d’un bâtiment dont la superstructure était a priori en terre et bois, ce qui tranche avec la puissance des maçonneries des édifices découverts contre la courtine sud (1,30 m de largeur).

Cette nouvelle campagne de sondage a été complétée par des prospections qui ont permis de compléter, malgré de nombreuses difficultés (météo, couvert végétal, escarpement, état de conservation médiocre), le tracé de l’enceinte sur les fronts ouest et nord de l’éperon. Le site était ainsi entièrement circonscrit par une enceinte maçonnée, sur une superficie d’environ 12 500 m2.

Aucune opération invasive n’est envisagée pour 2025. Toutefois, la réalisation d’un modèle numérique de terrain précis, par la méthode du Lidar embarqué par drone, est prévu afin de compléter l’image du site et de repérer, le cas échéant, de nouvelles maçonneries, mais surtout afin de mieux comprendre l’environnement du site, en particulier son ou ses accès depuis les pentes conduisant à la Durolle.